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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 17:32

Doctrine-morale-des-prophetes-d-Israel.jpg

Emblématique des recherches de Claude Tresmontant, La doctrine morale des prophètes d’Israël nous invite à découvrir le « fait » du prophétisme hébreu, ce qui engage à un renouvellement de l’intelligence, en vue de sortir des préjugés constamment entretenus devant cet épineux problème.

 

Comme le rappelle Tresmontant, « La Bible nous enseigne une psychologie de la mauvaise foi, selon laquelle l'inintelligence est mensonge. […] C'est, pourrait-on dire, à la pointe de la recherche de l'intelligence humaine du prophète que la Révélation est accordée, comme un don qui vient récompenser une quête de la pensée. » (p. 74/75)

 

 

 

Le « phylum hébreu »

 

Tresmontant s’offre l’occasion de souligner la spécificité d’Israël engagée dans l’histoire humaine. A ce propos, le professeur se fait l’ennemi de tout romantisme :

 

« L'élection d'Israël ne doit pas être comprise comme un choix arbitraire, voire injuste, que Dieu aurait fait d'une nation parmi les autres, pour lui confier son message et lui assurer une suprématie temporelle. C'est là une caricature, et une méconnaissance radicale de l'élection du Peuple de Dieu. L'élection du peuple de Dieu est une création. » (p. 115)

 

Ainsi, Yahweh crée un peuple nouveau. C’est la raison pour laquelle « Israël n'est pas, biologiquement parlant, une race. La définition d'Israël ne se trouve pas au niveau biologique, ni ethnique. Israël est la communauté de l'alliance (pas de type magique) » (p. 116) et Tresmontant tient à rappeler que « Rejeter le christianisme parce qu'il achève un développement dont tout le judaïsme biblique ne fait qu'exprimer l'existence, rejeter le christianisme au nom du judaïsme, c'est se mettre en contradiction avec soi-même, et avec le judaïsme. » (p. 106)

 

De ce tronc commun, Tresmontant ne repère aucune opposition marcionite entre le Nouveau Testament et l’Ancien ; de même pour la fausse opposition Justice/charité (p. 183). Il n’y a pas d’un côté un Dieu amour (Nouvelle Alliance) et un Dieu de colère (Ancienne Alliance).

 

« O toi en qui l'orphelin trouve compassion ! » Osée, 14,4.

 

La lente sortie des sacrifices


Sacrifier signifie « rendre sacré » ; les travaux de René Girard ont révélé l’origine des civilisations, lesquelles reposent sur des victimes divinisées dont le sacrifice assure l'unité au sein des communautés. La spécificité du prophétisme hébreu est de révéler ces sacrifices qui secrètent de faux dieux :

 

« Le prophète est l'homme de l'Esprit. La parole de Dieu lui est adressée. Il dénonce le péché du peuple de Dieu, et découvre le dessein de Dieu. » (p. 181)

 

L’existence du prophète participe d’un dialogue entre Dieu et l’homme, une rencontre constamment célébrée et qui s’incarne de plus en plus à mesure que le temps passe.

 

Les prophètes, sans aucune exception, s’inscrivent dans la révélation du sang innocent qui recycle de l’idolâtrie, vécue comme une véritable prostitution. Leur appel à sortir du sacrifice se fait de plus en plus intense et accentue la responsabilité de chacun quand l'anthropologie nous apprend très justement que le sacrifice institutionnalise les interdits, lesquels constituent une protection, certes bien fragile, aux violences intestines. De fait, lorsque notre « modernité » refuse la moindre « morale », le moindre « interdit », elle est redevable du prophétisme hébreu, le sachant ou non ; telles des stratifications, « Les différentes législations que nous trouvons dans l'Exode, dans le Lévitique, dans les Nombres et dans le Deutéronome, attestent cette évolution de la conscience morale du peuple hébreu. » (p. 96)

 

Comme René Girard, Tresmontant met en avant la pédagogie anthropologique et progressive de Dieu dont la Bible témoigne par la voie de ses prophètes.

 

Jérémie, 7, 30 : contre les sacrifices.

Ezéchiel 26, 20 : contre les sacrifices.

Lévitique 18, 21 : contre les sacrifices.

Amos 5, 21 : contre les sacrifices.

Osée 6, 6 = contre les holocaustes + sacrifices.

Michée 6, 7 = contre les holocaustes + sacrifices.

Jérémie 6, 20 = contre les holocaustes + sacrifices.

Isaïe 1, 2 = contre les sacrifices.

 

Tresmontant constate que le paganisme a une spécificité que l’on retrouve à tous les âges de l’antique humanité : le sacrifice des enfants.

 

« Ce ne sont plus les baals, divinités cananéennes, dieux de la nature, de la fécondité, maîtres de la vie, ni les molocks, divinités de la terre, mais les divinités des nations, les nations elles-mêmes divinisées. C'est toujours à des idoles nationales, à la Volonté de puissance, au Désir de posséder, aux Puissances d'argent, que les enfants des hommes sont sacrifiés. » (p. 99)

 

Il faut s’empresser d’ajouter que la pratique des sacrifices était elle-même présente en Israël, ce qui justifie la colère farouche des prophètes qui ne sont bien souvent pas écoutés ; certains meurent d’ailleurs pour cela. « La critique que font les prophètes d'Israël de la religion israélite est donc en fait la critique du vieux fonds cananéen, du rituel magico-sacrificiel païen contenu dans la religion pratiquée par Israël. » (p. 101)

 

Cela permet de rapporter combien cette pratique du sacrifice est proprement humaine et qu’Israël ne fait pas exception. D’ailleurs, la prescription des lois devient de plus en plus caduque dans cette éducation anthropologique, preuve qu’il existe un développement ; y revenir serait sacraliser sa vieille peau. Réciter sa leçon par cœur ne suffit plus.

 

Dieu se justifie : « Et j'allai jusqu'à leur donner des lois qui n'étaient pas bonnes et des coutumes dont ils ne pouvaient pas vivre et je les souillai par leurs offrandes, en les faisant sacrifier tous leurs premiers-nés, pour les punir, afin qu'ils sachent que je suis Yaweh. » (Ezéchiel, 20,25)

 

L’exemple le plus célèbre est la circoncision, pratique du vieux fonds archaïque ; on connaît certes la critique de la circoncision par Jérémie (4, 4) mais elle est déjà présente dans le Deutéronome : Deutéronome 10,16 = « Circoncisez donc votre coeur et ne raidissez plus votre cou » (p. 103)

 

Proverbes 21, 3 : « Pratiquer la justice et la charité est plus agréable à Dieu que le sacrifice. » (p. 102)

 

Une nouvelle anthropologie

 

Cela nous invite à reconsidérer totalement notre approche du réel. L’anthropologie que proposent les prophètes appelle à gagner les secrets du cœur, loin des abstractions philosophiques. En effet, « Pour la première fois, dans l'histoire des civilisations et des législations, l'homme est respecté, aimé, en tant qu'homme. Il ne s'agit pas d'un idéalisme moral, mais d'un réalisme humaniste : c'est l'homme qui existe, et non le mythe fabriqué par les mains de l'homme, et Israël ne sacrifiera pas aux idoles de mort, aux mythes de néant. » (p. 123)

 

A l’inverse, « On sait que les sectes gnostiques qui ont professé la mythologie la plus pessimiste, enseignant la chute de l'homme dans une matière irréductiblement mauvaise, et son exil dans un monde pernicieux, son enlisement dans un corps qui le souille, sont aussi celles dont les adeptes se vautraient avec le plus d'abandon dans la débauche la plus obscène. » (p. 186)

 

Dans ce cas de figure, on comprend davantage le rôle du prophète, du nabi qui « est à la fois de dénoncer le crime du peuple de Dieu, et de lui donner, au nom de Dieu, la signification historique et théologique du châtiment par les nations, ainsi que l'intelligence du dessein de Dieu, sur Israël et sur les nations. » (p. 131)

 

« Depuis Isaïe, Michée, Sophonie, jusqu'à Ezéchiel et au deutéro-Isaïe, la guerre est comprise comme un châtiment où les nations exercent les unes contre les autres le rôle de « marteau » et de « verge » » (p. 143) ; la sortie du sacrifice se mime d’une sortie de la guerre et traduit l’extrême exigence de la « doctrine morale des prophètes d’Israël ».

 

«  Nous sommes maintenant habitués à cette expression de la conscience, parce que l'exigence apportée par les législateurs et prophètes d'Israël a pénétré, sinon les moeurs, du moins les idées de l'Occident, jadis chrétien. Cette exigence est maintenant « laïque » et commune à la pensée civilisée. » (p. 123)

 

L’essai entend embrasser le cœur de l’anthropologie biblique que Tresmontant nommera l’humanisme intégral, en écho à Laberthonnière ; ce travail sera secondé par Le prophétisme hébreu qui est une étude plus précise des phénomènes de prophétie au cours de l’histoire du peuple hébreu, afin de valider définitivement le « fait » du prophétisme.

 

Citations

 

« L'imposture en Chrétienté a été l'imposture d'une classe : celle des privilégiés, des possédants, des princes et des pasteurs. Il s'est trouvé, tout au long de l'histoire de l'Eglise, des princes de l'Eglise pour ne pas dénoncer le crime, et pour garder un silence complice sur l'oppression, l'exploitation, le racisme, le génocide. En préconisant, et en pratiquant d'ailleurs réellement, la « piété » et la « charité » individuelle, l'imposture en chrétienté a été politique. » (p. 195/196)

 

« Si la patrie est une réalité excellente en son ordre, il est interdit au chrétien d'en faire une divinité, comme les païens, qui lui sacrifient les enfants des hommes en les faisant passer par le feu. » (p. 196) note, bas de page.

 

« La Chrétienté, tout comme Israël, a été une prostituée. » (p. 196)

 

« L'humanité se divise en deux selon qu'elle aime ou n'aime pas le Fils de l'Homme. » (p. 198)

 

Table des matières

 

Introduction, La métaphysique biblique

 

La structure de la métaphysique biblique

La métaphysique biblique et le réel

 

La doctrine morale des prophètes d’Israël

 

 

 

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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 00:00

Dans le sillage du cours d'introduction à la philosophie réaliste d'Arnaud Dumouch que nous avons commencé il y a quelques semaines [1], je voudrais à mon tour débuter une série de cours que je travaille personnellement et dont je voudrais vous partager la "substantifique moelle". Cela nous donnera les clefs pour entrer dans la métaphysique de Claude Tresmontant, philosophe réaliste, et surtout, pour apprendre à bien penser - car nous verrons (et nous avons commencé à le faire [2]) que toutes les manières de penser ne se valent pas, et qu'il en est une bien supérieure à toutes les autres, qui consiste à partir du réel objectif considéré en lui-même - et non de notre pensée subjective, de nos sentiments et préjugés, de nos préférences.

 

Penser, tout homme en est capable, par nature - l'homme est un "roseau pensant" disait Pascal. Bien penser, cela s'apprend - comme on apprend à marcher. Aujourd'hui, les cours de philo ne sont plus ces lieux d'apprentissage du "bien penser", mais se réduisent le plus souvent à la simple exposition de l'histoire de la philosophie - ce que l'on ne peut que déplorer car, comme disait Bergson : "La philosophie s'apprend, comme tout le reste". Que la philosophie ne soit plus enseignée comme elle devrait l'être, voilà qui explique, à mon sens, bien des maux de notre société - en particulier la crise de la foi qui sévit dans le monde occidental, et dont la racine me paraît se situer plus profondément dans une crise de la raison.

 

Cette série de cours que nous allons suivre s'inspire des ouvrages de philosophie Beauchesne, et en particulier, pour cette introduction, du premier Tome de la série intitulé "Introduction Générale et Logique" - dont l'auteur est Roger Verneaux.

 

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'introduction à la philosophie n'est pas la partie la plus aisée du cours de philosophie. Car l'introduction renvoie à des notions et des thèses qui ne seront expliquées et justifiées que plus tard, dans le "corps" même du cours.

 

Mais pour bien d'autres matières, il n'est pas d'autre solution pour les connaître que de se "jeter à l'eau" - quitte à boire quelques tasses au début... Commence-t-on l'étude des mathématiques par une réfléxion générale sur la nature, la méthodes et les divisions de cette science? Non : on commence par apprendre à compter, à travailler ses tables de multiplication... Puis, quelques années après avoir fait un peu d'algèbre, de géométrie, d'arithmétique et de trigonométrie, on entrevoit ce que sont les mathématiques : la science de la quantité abstraite.

 

Pour savoir ce qu'est la philosophie, il faut la pratiquer. On ne comprend ce qu'elle est qu'en en faisant et après en avoir fait. En cette matière, et comme pour les maths, la mémoire est essentielle et l'exercice indispensable. C'est pourquoi je me permettrais de vous recommander de travailler cette série d'articles, et non seulement de la lire - en utilisant les moyens les plus scolaires pour cela (écriture, mémorisation, révisions...) Vous serez alors surpris des fruits que vous pourrez en recueillir.

 


[1] Cf. nos articles des 20 novembre 2011, Introduction à la philosophie réaliste, et 29 décembre 2011, Présentation des différentes branches de la philosophie.

[2] Cf. la catégorie Méthode déductive du présent blog.

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 14:16

LE POINT (Existence de Dieu)Nous poursuivons notre critique du numéro spécial du Point consacré à l'existence de Dieu - publiée simultanément sur le blog Totus Tuus.

 

Le reportage se poursuit avec un article de Catherine Golliau, "Pourquoi Dieu est tendance"... La journaliste commence par dresser le constat d'un retour en force des religions – y compris parmi les personnalités du monde médiatique qui sont nombreuses aujourd'hui à faire leur "coming out" (sic). Ce "boom" religieux ne profite pas à une religion en particulier – mais semble un phénomène général, observé partout. Conclusion de la journaliste : "Dieu est partout, mais se pratique en kit"... Et de citer de philosophe canadien Charles Taylor : "Dans une société sécularisée, la foi, y compris pour le croyant le plus inébranlable, n'est qu'une possibilité parmi d'autres". S'ensuit une ode à la liberté : "Au grand supermarché des croyances, chacun choisit ce qu'il veut (...). A chacun son Dieu." La foi religieuse devient une manière de vivre la Liberté – une nouvelle modalité d'exercice de l'autonomie de l'individu, contre tous les systèmes qui voudraient l'enfermer dans un "moule" : "Le croyant moderne est individualiste. Et libre : les dogmes et les rituels se choisissent à la carte, voire sont ignorés. N'en déplaise à Benoît XVI, un catholique pratiquant peut accepter l'avortement et utiliser des capotes..."

 

Bien entendu, le journaliste ne s'embarrasse pas de détails, et s'abstient d'expliquer que la "capote" n'est pas proscrite de manière absolue et sans discernement dans tous les cas par l'Eglise, ni que le "catholique pratiquant" qui "accepte l'avortement" cesse, par le fait même, d'être catholique... Et l'on ne peut attendre d'un tel article "grand public" une réflexion de fond sur le péché de l'homme – et la division qui règne en lui, en sa condition présente, entre ce qu'il veut – et que sa raison lui commande – et ce qu'il fait – mû par ses passions mauvaises ; ni sur la miséricorde divine, qui est de toujours à toujours, et qui restaure en l'homme ce que le péché a brisé. Ce que Catherine Golliau cherche ici à démontrer, c'est que la religiosité humaine livrée à elle-même est une bonne chose – un excellent rempart contre tous les dogmatismes et tous les fanatismes... "Personne ne détient la vérité, dira plus loin le peintre Gérard Garouste. Dingue est celui qui dit 'Je l'ai trouvée'." C'est effectivement le message subliminal de l'ensemble du reportage. L'explosion tous azimut du sentiment religieux interdit de penser qu'il existe UNE vérité. Ce serait folie – et intolérance – que de le penser ; que de le professer. Comme l'affirme le rappeur musulman Abd Al Malik : "Il n'y a qu'un seul Dieu, bien qu'il y ait plusieurs religions. A chacun de choisir le véhicule qu'il considère lui correspondre pour aller vers Lui."

 

Catherine Golliau tempère, à la fin de son article, cette dernière appréciation dans ce qu'elle peut avoir de trop catégorique quant à l'affirmation de l'existence d'un Dieu unique. "Dans cette quête de Dieu qui affecte aujourd'hui nos sociétés, certains préfèrent au Dieu des religions constituées ce sentiment océanique (sic) qu'évoquait, dans les années 20, l'écrivain Romain Rolland - "le fait simple et direct de la sensation de l'éternel". Spiritualité diffuse et englobante, sans crédo ni livre sacré, mais qui assure à l'homme le sentiment rassurant que la vie a quand même un sens." Un parfait compromis, en somme, entre la croyance religieuse (dans ce qu'elle peut avoir de bon pour l'homme – des scientifiques en témoigneront plus loin) et l'athéisme (qui est la vérité présupposée, érigée... en dogme). "En ces années d'inquiétude où la crise, économique et morale, remet en question de nombreuses valeurs, où l'homme s'interroge sur son mode de vie, son rapport à la nature, mais aussi aux autres, la spiritualité revient en force et, contrairement à ce que certains redoutent, pas forcément munie d'un révolver. S'appelle-t-elle toujours Dieu? Là est la question." Une conclusion que l'on ne pourra s'empêcher de trouver très... maçonnique.

 

En lisant un tel article, on se prend à penser que le principal danger aujourd'hui n'est plus l'athéisme (qui est philosophiquement mort), mais l'explosion tous azimuts du sentiment religieux, avec les graves problèmes qu'elle engendre (phénomène des sectes, montée des fondamentalismes, essor des pratiques spirites et occultes...) Cela n'en rend que plus urgent la découverte, par le plus grand nombre, des oeuvres de Claude Tresmontant qui nous donnent l'antidote pour éviter de tomber du Charybde de l'athéisme au Scylla du relativisme religieux.

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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 00:00

Chers amis,

 

En exclusivité absolue sur ce blog, voici la 7e partie d'une interview audio donnée par Claude Tresmontant en décembre 1996, quatre mois seulement avant sa mort.

 

Interrogé par Jérôme Dufrien - qui nous a fait l'honneur et la grâce de nous confier la diffusion de ce document exceptionnel -, Claude Tresmontant revient sur les grands thèmes de son oeuvre.

 

Dans ce nouvel extrait que nous publions aujourd'hui, Claude Tresmontant nous parle du problème du mal. Comment concilier ce problème avec l'existence de Dieu - que la raison démontre? 

      

 

Dans le prochain extrait, que nous publierons le 5 mars prochain pendant le temps du Carême, Claude Tresmontant nous fera réfléchir sur ce qu'est la vie chrétienne au quotidien.

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 12:47

"L'évolution n'est pas un principe d'explication.

Elle est ce qu'il s'agit d'expliquer."

 

(Claude Tresmontant, in Science de l'univers et problèmes métaphysiques, Editions du Seuil 1976, p. 159)

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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 20:51

"On appelle pensée rationnelle une pensée qui est conforme à l'expérience, qui n'entre pas en contradiction avec l'expérience, c'est-à-dire avec la réalité objective.

 

"Nous ne savons ce qui est rationnel et ce qui est irrationnel qu'à partir de l'expérience, et non pas a priori, ou avant toute expérience."

 

(Claude Tresmontant, in  Les Métaphysiques principales, François-Xavier de Guibert 1995, p. 276)

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 00:00

 

LE POINT (Existence de Dieu)Nous poursuivons notre critique du numéro spécial du Point consacré à l’existence de Dieu - publiée simultanément sur le blog Totus Tuus.

 

A l'instar de l'éditorial de Franz-Olivier Giesbert, l'article de Jean d'Ormesson commence plutôt bien : "Dieu n'est pas seulement le rêve le plus grand et le plus beau qui ait jamais hanté l'esprit des hommes. Il est peut être la seule réalité, celle auprès de qui l'Histoire, l'existence, l'Univers, l'espace et le temps, vous et moi et tout le reste ne sont qu'un brouillard qui se dissipe, un cauchemar passager, une illusion, un néant. Il est l'origine de tout, la cause de tout, le but final et l'explication dernière. Il ne tolère ni discussion, aucune hésitation, pas la moindre réserve. Il est toutes les réponses et ne pose aucune question." On peut ne pas être d'accord avec toutes ces formules, mais la transcendance de Dieu est ici exaltée – ainsi que son absoluité.

 

"Il est toutes les réponses et ne pose aucune question. Sauf une (poursuit d'Ormesson) : existe-t-il?" C'est en effet la première question. Il ne faut pas la minimiser ni la mépriser. Car Dieu n'est pas évident. Il ne l'est "ni quant à son existence ni quant à sa nature ; de sorte que, avant de le contempler, pour arriver à le contempler, des raisonnements sont nécessaires." [1]

 

D'Ormesson narre ensuite la genèse de l'idée de Dieu dans l'humanité jusque vers "le début du siècle écoulé", et constate qu'après 19 siècles de domination sans partage de Dieu (ou du moins de l'idée de Dieu) "qui régnait en souverain absolu (...), la science prend le pouvoir et l'emporte sur l'Eglise, sur l'armée, sur les politiques ; Dieu est mis en question." D'Ormesson exacerbe la tension entre "Dieu" et la science, en considérant que "Dieu mène contre la science triomphante un combat d'arrière-garde"... Il est dommage ici que d'Ormesson, qui commençait son article par un hommage à l'absolue transcendance de Dieu, ne l'ait pas situé au dessus de toutes ces contingences historiques... Cela dit, son exposé, pour aussi rapide et caricatural qu'il soit (qui s'explique sans doute par le format d'un bref article dans une revue grand public), n'est pas complètement faux.

 

La suite est franchement décevante. "On ne se donnera pas ici le ridicule d'entrer dans le grand débat POUR ou CONTRE son existence auquel tant de grands esprits, de Platon et Saint Augustin à Spinoza et Leibniz, de Jaspers et Teilhard de Chardin à Jacques Monod et François Jacob, ont donné tant d'éclat". Cela part sans doute d'un bon sentiment de la part de l'auteur – qui ne se sent pas de la dimension des penseurs précités pour entrer lui-même dans la mêlée. Il n'empêche… on serait en droit d'attendre d'un reportage portant sur "les questions et réponses sur l'existence de Dieu" un exposé loyal et objectif des diverses positions exprimées sur le sujet – une entrée, précisément, dans le débat. Au lieu de quoi, l'auteur nous livre un tableau de 8 lignes et 2 colonnes POUR et CONTRE censé résumer les arguments des partisans et détracteurs de l'existence de Dieu  mais qui trahit surtout sa méconnaissance des termes actuels de la discussion.

 

d'Ormesson

 

POUR : Le Big Bang créateur de l'espace et du temps.

CONTRE : Le Big Bang se produisant dans le temps.

 

Pour d'Ormesson, si le Big Bang est à l'origine du temps et de l'espace – et si ceux-ci n'existaient pas "avant" –, ce serait un argument fort en faveur de l'existence d’un Dieu créateur. D'Ormesson ne croit donc pas en la génération spontanée de l'univers – sur ce point, il est rationnel. Comme tous les grands philosophes de l'Histoire de la pensée (à quelques rares exceptions), il considère que le temps et l'espace n’ont pu jaillir du néant absolu ; et que s'ils sont venus à l'existence, c'est qu'ils le doivent à un autre Être existant qui, Lui, est en dehors du temps et de l'espace ; au-delà de l’Univers physique et matériel.

 

Le CONTRE en revanche est contestable. Car même à supposer qu'il y ait eu du temps et de l'espace avant le Big Bang – ce que la science réfute aujourd'hui – cela ne démontrerait pas que Dieu n'existe pas (l'éternité du temps pouvant être un corollaire de l'éternité de Dieu). Il faudrait encore rendre compte des étonnantes propriétés de l’univers connu (le nôtre) – caractérisé par une succession de créations se manifestant dans une évolution irrésistiblement orientée vers la complexité, jusqu’au seuil critique de l’apparition de la vie puis de la pensée, tout cela à partir d'un point 0 et avec la seule matière (qui n'existait pas au point 0…). Comme disait Tresmontant : on aurait tort de se focaliser sur le seul Big Bang, comme si cette première "création" était la seule dans l’Histoire de l’univers. Il faut aussi considérer l’apparition continue, tout au long de l’Histoire de l’univers, d’informations nouvelles qui ne pré-existaient en aucune manière et qui ont surgit "spontanément" au fil du temps – ce que Bergson appelait la "création continue d’imprévisible nouveauté".

 

POUR : Une certaine idée de la transcendance.

CONTRE : Les progrès de la science, l'évolution, le transformisme.

 

Autrement dit : l'idée contre les faits. Là, d'Ormesson a clairement un siècle de retard – sa présentation est surannée dans les largeurs. Les progrès de la science accréditent plus que jamais l'existence de Dieu, puisque les thèses de l'éternité de la matière et du hasard ne sont plus recevables aujourd'hui. Dieu est donc plus nécessaire aujourd’hui que jamais.

 

Quant à l'évolution, nous dit Tresmontant, elle "n'est pas un principe d'explication – elle est ce qu'il s'agit d'expliquer". Elle est la création en train de se faire.

 

POUR : La tradition, une intime conviction.

CONTRE : La raison. La régression à l'infini exigée par la notion de Dieu.

 

Autrement dit : la subjectivité irrationnelle et mécanique contre l'objectivité rationnelle. Affligeant... Où l'on se prend à regretter que d'Ormesson n'ait pas lu une ligne de Claude Tresmontant... C'est précisément la raison qui postule l'idée d'un Être transcendant, éternel et absolu – un Être nécessaire qui ne doit son existence à rien ni à personne. Car le néant ne peut être absolument premier. S'il y a de l'être, c'est que de l'être a toujours existé – car autrement, cela reviendrait à affirmer la primauté du néant sur toute chose, ce qui n'est pas une pensée rationnelle. Entre le néant et l’Être, la raison tend vers l’Être. Or, cet Être ne peut être l'Univers – puisqu'il n'est pas éternel, et que ses caractéristiques ne sont pas celles d'un Être auto-suffisant. Dès lors : nous pouvons savoir avec certitude par la raison qu'il existe un autre Être que l'Univers, qui existe de toute éternité, qui est incréé, et qui donne à l'Univers d'exister. Cet Univers évoluant par ailleurs dans un sens déterminé (celui de la complexité croissante jusqu'à l'apparition de la vie et de la pensée) ; et la matière étant structurée de manière mathématique (donc : intelligente) ; nous pouvons entrevoir l'existence d'une Intelligence organisatrice à l'oeuvre conduisant l'évolution jusqu'à son terme, et communiquant à l'Univers les informations nouvelles dont il a besoin (et qu'il ne peut se donner lui-même) pour franchir chaque nouvelle étape de son développement.

 

POUR : Le réglage d'une précision inouïe observé dans l'Univers.

CONTRE : Le jeu du hasard et de la nécessité.

 

Reconnaissons que l'objection du hasard est devenue inoffensive – maintenant que nous connaissons l'Histoire de l'univers (qui rétrécit considérablement le champ des possibles) et l'abîme de complexité de la plus petite cellule vivante.

 

POUR : Un Univers ayant un début et une fin.

CONTRE : Des multiunivers se succédant en accordéon.

 

Cette dernière thèse étant un pur roman, sans le moindre fondement dans la réalité objective...

 

POUR : La dignité de l'homme mêlée à sa misère.

CONTRE : La misère de l'homme mêlée à sa grandeur.

 

C'est la seule objection recevable du point de vue de la raison. L’objection du mal. Comment croire en l’existence de Dieu dans un monde aussi profondément marqué par le mal (guerres, génocides, maladies, handicaps,…) ? Comment Dieu, le Créateur souverainement puissant et intelligent que nous découvre la raison, a-t-il pu créer un tel monde – théâtre de tant d’horreurs ?

 

Pour recevoir une lumière sur ce grand mystère, il faut écouter ce que Dieu lui-même nous en dit. Car s’il en est un qui peut nous dire ce qui ne "fonctionne" pas dans la Création, c’est bien le Créateur lui-même ! Cela suppose évidemment que l'on ait préalablement résolu la question de son existence. Tresmontant fait remarquer à ce sujet que la question du mal renvoie immanquablement au mystère du bien ; que celui-ci est premier, quoiqu’on en dise. Qu'est-ce que le mal en effet, sinon la privation d'un bien? (la mort : la privation de la vie... la maladie : la privation de la santé... la servitude : la privation de la liberté...). En rigueur de terme, le mal n’existe pas – il n’est pas un être, mais un défaut d’être, un manque d’être, un mal être. Ce qui existe, c’est le bien. La question du bien doit donc être traitée en premier, et c'est elle qui nous conduit irrésistiblement à Dieu – à son existence. La question du mal vient après. Elle ne remet pas en cause l’existence de Dieu (démontrée à partir du bien qui est premier), mais toute tentative d’explication du mal sans Dieu. Pour savoir pourquoi il y a du mal dans le monde, il faut interroger le Créateur et accueillir sa réponse. Il faut donc s’intéresser de près à la notion de "révélation", ainsi qu’à son contenu.

 

POUR : L'esprit humain seul capable d'essayer de comprendre l'Univers.

CONTRE : L'existence statistiquement inéluctable d'autres intelligences dans l'Univers".

 

D'abord, on ne voit pas pourquoi l'existence d'autres intelligences dans l'Univers serait un obstacle à l'existence de Dieu. Dieu n'aurait pas le droit de créer d'autres êtres ailleurs que sur la terre? Ensuite, statistiquement, il est douteux que d'autres intelligences existent dans l'Univers – car les conditions pour qu'elles existent sont si nombreuses qu'il est hautement improbable de les trouver toutes réunies ensemble ailleurs (compte tenu, finalement, de la "petitesse" de notre univers – qui n'est pas le Cosmos infini imaginé par nos Anciens, mais un espace fini et limité). Et quand bien même les statistiques seraient favorables, on ne sait toujours pas d'où vient la vie. On sait quelles sont les conditions nécessaires à son émergence – on ne sait pas si ces conditions sont suffisantes. On n'a toujours pas réussi à "fabriquer" de la vie en laboratoire à partir de la matière inerte (même en maximisant les chances)... La vie relève davantage du "miracle" et du "mystère" que d'un simple processus physico-chimique. Dès lors : quand bien même nous découvririons une autre planète terre quelque part dans l’Univers, rien ne dit que l'on y trouverait de la vie – et encore moins de "l'intelligence"...

 

POUR : La résignation ou mystère.

CONTRE : La résignation à l'absurde.

 

C'est en effet ici que tout se joue. Il y a un choix fondamental à faire – on ne peut y échapper. OU BIEN Dieu existe, et nous devons consentir au mystère – admettre qu'il existe une Vérité au-delà de notre Raison. OU BIEN Dieu n'existe pas et nous devons consentir à l’absurde – admettre qu’il existe des vérités contraires à la Raison.

 

Mais comme disait avec grande sagesse Jean Guiton, dans une inspiration pascalienne : "L'absurdité de l'absurde me conduit au mystère"...



[1] Roger Verneaux, in Introduction générale et logique, Editions Beauchesne 1997, p. 16

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 14:45

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 10:36

La méthode déductive de raisonnement philosophique, avons-nous vu, est fondée sur des présupposés qui s'avèrent, après analyse, erronés [1].

 

Il nous faut nous intéresser maintenant à la méthode même. Que fait le philosophe, lorsqu'il s'efforce de concevoir les premiers principes à la lumière de sa raison pure, affranchie de tout contact avec l'expérience sensible?

 

A partir d'un raisonnement qui se veut rigoureusement rationnel, notre philosophe conçoit tout ce qui est POSSIBLE. Et à partir du POSSIBLE, il déduit le REEL. Non que le POSSIBLE soit nécessairement REEL! Le POSSIBLE peut exister, comme il peut ne pas exister. Mais ce qui est sûr, pour notre philosophe, c'est que l'impossible, lui, n'est pas concevable. Par suite, il ne peut pas exister. Ce serait contraire à la raison. Seul le POSSIBLE est rationnel.

 

Cette méthode comporte deux failles importantes. 1°) Elle considère que la raison peut déterminer a priori ce qui est POSSIBLE - et donc : rationnel. 2°) Elle estime que l'idée du POSSIBLE est absolument indépendante de l'expérience - et qu'elle naît dans la raison pure du philosophe.

 

Ce sont là deux graves erreurs (deux de plus...) qui entament considérablement la crédibilité de cette méthode de raisonnement.

 

Tout d'abord, est-il vrai que la raison pure du philosophe puisse envisager a priori, c'est-à-dire avant toute expérience, ce qui est POSSIBLE - et donc rationnel? La réponse est : non. "Nous ne savons pas à l'avance, nous dit Tresmontant, ce qui est possible ou impossible. Nous le savons après coup. Ce qui paraissait impossible en réalité ne l'était pas." [2]

 

Le Professeur appuie son propos par trois exemples éclairants :

 

"Si j'avais dit au siècle dernier : Je vois ce qui se passait il y a un milliard d'années, deux milliards d'années, trois milliards d'années,... - j'étais enfermé sans tarder dans un asile de fous. Ce que je disais paraissait absolument irationnel ou déraisonnable. Aujourd'hui, il suffit de regarder dans l'oculaire du grand télescope du Mont Palomar pour voir des galaxies telles qu'elles étaient il y a un, deux, trois... six, sept, huit... milliards d'années. Ce qui paraissait absurde ne l'était pas en réalité.

 

"Il fut un temps où il paraissait complètement absurde de prétendre qu'il existe des antipodes : comment les hommes peuvent-ils vivre la tête en bas? Cette absurdité évidente n'est plus absurde pour nous. Nous nous y sommes faits. Nous avons appris à considérer que les notions de haut et de bas sont relatives.

 

"Il y a deux siècles, si j'avais dit à Voltaire que je peux parler avec un Chinois qui habite en Chine alors que je demeure à Paris, Voltaire m'aurait sans doute objecté que c'est irrationnel. Nous savons aujourd'hui que cela ne l'est pas. Ce qui paraissait impossible n'était pas en réalité impossible." [3]

 

Dès lors, la méthode déductive nous trompe lorsqu'elle prétend pouvoir dire, avant toute expérience, ce qui est POSSIBLE, et donc rationnel. La raison humaine ne peut rien connaître en dehors de l'expérience sensible. C'est l'expérience sensible qui nous enseigne ce qui est POSSIBLE, et donc : ce qui est rationnel. "On appelle pensée rationnelle une pensée qui est conforme à l'expérience, qui n'entre pas en contradiction avec l'expérience, c'est-à-dire avec la réalité objective. Nous ne savons ce qui est rationnel et ce qui est irrationnel qu'à partir de l'expérience, et non pas a priori, ou avant toute expérience." [4]

 

Nous verrons dans un prochain article que ce que le philosophe adepte de la méthode déductive considère comme sortant a priori de sa raison pure est en réalité abstrait de l'expérience sensible ; et qu'il est IMPOSSIBLE, à la vérité, de raisonner a priori, indépendamment de l'expérience. Pour démontrer cela, nous recevrons un renfort de poids : Jules César, le célèbre empereur romain! 

 


[1] Cf. nos articles du 9 octobre 2011, 1er présupposé de la méthode déductive : "le monde est ma représentation" ; du 16 octobre 2011, Réfutation du 1er présupposé de la méthode déductive ; du 28 octobre 2011, 2e présupposé de la méthode déductive : le dualisme corps/âme ; du 13 novembre 2011, Réfutation du 2e présupposé de la méthode déductive ; du 27 novembre 2011, 3e présupposé de la méthode déductive : la nature n'est pas informée ; et du 26 décembre 2011, Réfutation du 3e présupposé de la méthode déductive.

[2] Claude Tresmontant, in Les Métaphysiques principales, François-Xavier de Guibert 1995, p. 276.

[3] Ibid. Claude Tresmontant évoque aussi le cas du "petit bonhomme de Laplace" - qu'il affectionne particulièrement puisqu'il en parle dans plusieurs de ses ouvrages. Nous lui consacrerons, le moment venu, un article spécifique.

[4] Ibid.

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 11:58

LE POINT (Existence de Dieu)Nous commençons ici notre critique du numéro spécial du Point consacré à l’existence de Dieu - publiée simultanément sur le blog Totus Tuus

 

L'éditorial de Franz-Olivier Giesberg donne le "la"... Il commence bien pourtant, lorsqu'il affirme : "C'est un fait : on sent ou voit souvent le Tout Puissant là-haut, notamment par une nuit étoilée, quand, devant la beauté de la nature, quelque chose nous transcende." Cela me fait irrésistiblement penser à cette parole d'Abraham Lincoln : "J'arrive à comprendre qu'il soit possible de regarder la terre et d'être athée. Mais je ne comprends pas qu'on puisse lever la nuit les yeux sur le ciel et dire qu'il n'y a pas de Dieu."

 

Après, ça se gâte : "Dieu n'est pas scientifiquement prouvé et on peut se demander s'il le sera un jour." Non Franz-Olivier, ça, on ne peut pas se le demander. La question de Dieu n'est pas une question scientifique. La science est INCAPABLE de dire quoi que ce soit sur Dieu – POUR ou CONTRE son existence. Non en raison de l’insuffisance de ses connaissances. Mais parce que tel n’est pas son objet. Le scientifique sortirait du champ de la science à vouloir statuer sur cette importante question (ce qu’il peut légitimement faire, bien sûr, mais pas en tant que scientifique).

 

L’objet de la science est de scruter la réalité matérielle, et elle seule (d’appréhender seulement ce qui est observable et calculable) – pas de réfléchir sur la question de savoir si la matière est la seule réalité existante ; cette dernière question est d’ordre métaphysique.

 

Bien entendu, la métaphysique est une science – en ce sens qu’elle est une "connaissance par les causes" (ce qui est la définition de la science, selon Aristote). Mais en cette acception, il ne faut pas dire que "Dieu n’est pas scientifiquement prouvé", puisque de fait, il l’est. Et les découvertes scientifiques du siècle passé ont considérablement renforcé les preuves métaphysiques établies par la philosophie réaliste de Saint Thomas d’Aquin, réactualisée de manière magistrale au siècle passé par Claude Tresmontant ou Marie-Dominique Philippe (au sujet desquels le reportage du Point ne pipe mot…)

 

FOG 

Blaise Pascal est désigné ensuite "puits de contradiction"... parce qu'il passe "sans cesse de la foi à la raison et inversement"... comme s'il y avait contradiction à passer de l'un à l'autre ! Rappelons que la foi et la raison ne s’opposent pas, mais se répondent l’une l’autre et s’éclairent réciproquement. La foi présuppose la raison (la connaissance rationnelle de Celui à qui l’on donne sa foi – de son existence et de sa nature) ; elle est un mode de connaissance de vérités, certes indémontrables (c’est pourquoi elles sont révélées), mais non inintelligibles : la raison cherche à comprendre les vérités accueillies par la foi – c’est là l’essence même de la théologie. Ce qui est objet de foi peut être pensé par la raison (par ex. la Trinité).

 

Autrement dit : si la raison doit se soumettre à la foi – en vertu même des exigences de la raison, selon la pensée de Pascal [1] –, elle ne doit nullement se démettre. Ni en amont – où elle est fondée à rechercher les preuves rationnelles de l’existence de Dieu et de l’authenticité de la révélation divine ; ni en aval – où elle est fondée à mieux comprendre le donné révélé. Pour reprendre l’admirable formule de Saint Augustin : le théologien croit pour comprendre et comprend pour croire.

 

"Alors que s'agrandit sans cesse le champ de nos connaissances, un domaine reste inaccessible à la science, celui de la foi, où nous demeurons libres d'inventer notre propre vérité. C'est le dernier domaine où nous pouvons dire (ou croire) ce que nous voulons sans crainte d'être démenti par les faits." Franz-Olivier Giesberg gagnerait vraiment à lire les BD de Brunor... Si l'on entend par "foi" toute conviction religieuse, alors si : nous pouvons être démentis par les faits. Par exemple : ceux qui professent l'éternité de l'univers, la divinité des astres, le mythe de l'éternel retour,... ceux-là sont démentis par les faits. Ce en quoi ils croient ne trouve aucun écho dans la réalité concrète que nous expérimentons. La raison nous conduit donc à les tenir pour faux.

 

La foi ne consiste pas à "croire" en n'importe quoi, selon mes désirs et ma volonté – elle n'est pas un lieu "d'invention", mais au contraire : d'humble accueil de la vérité qui se donne à connaître. La foi est la démarche ultime de la raison qui se soumet à Dieu – dont elle peut connaître avec certitude l'existence et quelque chose de son essence, à partir de la considération de l'univers tel qu'il existe et tel que les sciences positives nous le dévoilent ; et dont elle peut vérifier l'authenticité de la "révélation" faite à Abraham et au peuple hébreu, et son accomplissement plénier en Jésus-Christ.

 

La foi est donc une démarche "contrainte" par la vérité observée, laquelle ne dépend nullement de mes préférences, mais s'impose à moi dans son objectivité. Je peux certes la refuser (je reste libre face à cette "contrainte") mais non pas l’ignorer. Car elle se présente à moi sous la forme d’une proposition inévitable en raison de son caractère suprêmement raisonnable.

 

Si nous ne pouvons nous "passer" de Dieu – comme le constate Franz-Olivier Giesberg à la fin de son article –, c'est parce que Dieu est profondément enraciné dans notre raison, et que pour l'en déloger, il faudrait que l'homme perde la raison. Dès lors, tant qu'il y aura des hommes, la question de Dieu s'imposera – car il n'existe, à la vérité, aucune alternative rationnelle à son existence. 

 


[1] "Il n’y a rien de si conforme à la Raison que ce désavoeu de la Raison (...). La dernière démarche de la Raison est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la surpassent : elle n’est que faible si elle ne va pas jusqu’à connaître cela" (Pascal).

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